Reinhold Messner

L'homme aux quatorze 8 000

Attention, là y’a du matos ! Messner c’est du lourd ! Le premier en haut de l’Everest sans oxygène, c’est lui ! Le premier à s’envoyer tous les 8 000, c’est lui aussi ! Le premier à s’offrir trois 8 000 dans la même saison, c’est encore lui ! Reinhold, c’est la classe à l’italienne ! Avec un nom comme ça, on aurait pourtant pu le croire allemand ou Autrichien, mais non, il est bien né en 1944 à Bressanone, dans le nord de l’Italie où l’on parle néanmoins presque autant allemand qu’italien (la plupart de ses ouvrages sont d’ailleurs rédigés en Allemand, sa langue maternelle).

Les quatorze 8 000 en style alpin

Mais au-delà de ses innombrables exploits, ce qui a surtout forgé sa légende, c’est sa philosophie de la grimpe. Dans les années 60, il révolutionne en effet l’alpinisme en décrétant que gravir un sommet en l’assiégeant pendant plusieurs mois avec des bus entiers de sherpas et des palettes de bouteilles à oxygène, c’est bon pour les tocards. Reinhold, lui, il prend son sac à dos, ses crampons et il va au charbon, parfois seul mais souvent accompagné. Il forma d’ailleurs une redoutable cordée avec son compatriote Hans Kammerlander dans les années 80.

Et puis si c’est aujourd’hui l’alpiniste le plus connu, c’est aussi parce qu’il est encore là le petit père Reinhold. Dans la liste de ceux qui se sont un jour attaqué au dangereux challenge des quatorze 8 000, beaucoup ont disparu… Messner lui, a toujours su éviter les innombrables pièges tendus par la montagne. Plus chanceux, plus adroit, plus prudent ou tout simplement le meilleur ? Sûrement un peu de tout ça…

Messner, personnage complexe

J’ai souvent lu dans les innombrables biographies qui lui sont consacrées que Messner était un personnage complexe, terme me semblant être un euphémisme souvent employé pour qualifier les alpinistes à l’humeur ténébreuse. Je n’ai bien évidemment jamais rencontré le bonhomme mais j’ai cru comprendre qu’il était sacrément équipé question caractère. En même temps, quand on est capable d’escalader le Kangchenjunga, le Gasherbrum II et le Broad Peak dans la même année, c’est forcément qu’on a quelque chose de l’ours. En tout cas, plusieurs controverses ont jonché sa carrières, parmi lesquelles on peut citer la rivalité de la paternité de la course aux fameux sept sommets avec Richard Bass, son différent avec Peter Habeler suite à l’exploit sur l’Everest en 1978 ou encore l’expédition tragique de 1970 au Nanga Parbat.

Le drame du Nanga Parbat

L’histoire se passe en 1970. Reinhold et son frère Günther participent à une expédition qui s’attaque à la terrible face du Rupal dans le Nanga Parbat. Lors de l’assaut finale, Reinhold est envoyé en éclaireur par Karl Herrligkoffer, le chef de l’expédition, mais contre toute attente, son frère se lance à sa poursuite au milieu de la nuit et réussi à le rejoindre. Les deux frangins atteignent le sommet ensemble au pris d’un effort considérable qui vaut à Günther un vilain bad trip au moment d’aborder la descente… Vu l’état lamentable de son frère, Reinhold décide de tenter de redescendre par l’autre versant, beaucoup plus facile que le méchant Rupal. Sauf qu’au cours de la descente, Günther est happé par une avalanche et disparait à tout jamais… Reinhold s’en sortira avec de vilaines gelures aux orteils qui lui vaudront un bon coup de bistouri, mais surtout (en plus de la douleur d’avoir perdu son frère) les pires accusations du monde. « Et vas-y qu’il a abandonné son frère pour satisfaire sa gloire personnel, et puis de toute façon ils n’ont même pas atteint le sommet ces deux menteurs », etc. Bref, notre bon Reinhold s’en prend plein la tronche, jusqu’à ce que les restes du pauvre Günther soient découverts en 2005 et attestent ainsi sa version de l’avalanche.

En plus du livre de Reinhold intitulé La montagne nue paru en 2006 aux éditions Guérin, le film Nanga Parbat sorti en 2010 retrace ce douloureux épisode de la vie des Messner.

De la montagne aux déserts et aux pôles en passant par la politique

A partir des années 90, Messner n’a plus grand chose à se mettre sous la dent question exploit en montagne. Il commence donc une série d’expéditions pédestres à travers le monde. On le retrouve ainsi dans l’Antarctique en 1990, au Groenland en 1992 ou encore dans la traversée du désert de Gobi en 2004. Parfois accompagné par son fils Simon, le voilà transformé en baroudeur de l’extrême sans que cette nouvelle activité ne l’empêche pour autant de s’envoyer encore un ou deux petits sommets à l’occasion.

Bon par contre, il dort pas le Reinhold ! Quand il a fini de grimper, il n’est pas vraiment du genre à rester en pantoufle au chalet. Il excelle aussi dans l’art de faire fructifier ses exploits, en bon homme d’affaire. Il enchaine les livres, les films, les conférences, et tout ce qui peut servir à financer ses futures expéditions. Michel Mestre, dans un article incroyablement détaillé dans la revue Babel (« L’alpiniste Reinhold Messner, écrivain prolifique »), a recensé pas moins de 76 ouvrages écrits par le Mozart des sommets. Il en a écrit huit rien que pour l’année 2002 ! Un fou… Parmi ses ouvrages les plus célèbres, on compte Les horizons vaincus : la face nord de l’Everest en solo paru en 1993 ou encore Le 7ème degré paru en 1975 et aujourd’hui considéré comme un livre majeur de l’alpinisme. Enfin, il conviendra ici d’évoquer également son élection au Parlement européen en 1999 sur une liste écolo. Un surhomme on vous dit !

Reinhold Messner, pionnier du style alpin

Chullanka, vos sports grandeur nature

2 Commentaires

  • sobczak - 13 janvier 2018 à 17 h 48 min

    un regard neuf , toujours tourné vers le futur et quelque chose de meilleur ou mieux à faire pour ne pas cesser de rêver …. un master !!!!

  • Fabre - 28 février 2018 à 13 h 17 min

    Un véritable dieu de la montagne et respectueux de celle ci .
    Lui au moins n a pas laissé de trace polluante sur les sites qu il a gravi .
    Chapeau bas monsieur Messner .

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