Annapurna, premier 8000 // Maurice Herzog

Le best-seller de la discorde

Il y a deux façons d’aborder « Annapurna, premier 8000 »: comme un bleu et comme un expert. David Roberts, dans son livre « Annapurna, une affaire de cordée », reconnait que lorsqu’il lut le classique de Maurice Herzog pour la première fois dans sa jeunesse, il fut fasciné. Sa lecture fut un véritable choc qui déclencha sa passion irrémédiable pour l’escalade. Quelques années plus tard, l’expert qu’il était devenu ne voyait plus les choses tout à fait de la même façon…

« Annapurna, premier 8000 », c’est bien. C’est génial même ! Y’a tout ! Une folle équipée qui se lance à la conquête d’un mythe dans un magnifique élan fraternel, une marche d’approche à dos de pottok dans un décor grandiose, une phase de reconnaissance digne des meilleurs polars, une ascension incroyable ponctuée d’une victoire magistrale et enfin le long et douloureux chemin du retour marqué par les impitoyables séances d’amputations de doigts et d’orteils gelés, le tout orchestré de main de maître par le charismatique et vénéré Maurice Herzog. Vive la France !

Alors finalement, c’est quoi le problème avec Herzog ?

Mais alors, c’est quoi le problème avec ce bouquin ? Eh bien le problème c’est qu’en 1996, les éditions Guérin ont mis fin à 40 ans de  censure en publiant la version non édulcorée des « Carnets du vertige » de Louis Lachenal, le héros oublié de l’Annapurna. Et là, les fans de la première heure tombent de haut… ils découvrent un Lachenal pas franchement sur la même longueur d’onde que son chef d’expédition. Envolé le bel esprit de fraternité tant prôné par Herzog… Il a la quinte le Biscante ! Il tenait plus à ses pieds qu’à ce foutu sommet ! En plus, il n’est même pas sur la photo…

Et à partir de là, les révélations s’enchainent: les membres de l’expédition avaient en fait signé un contrat leur interdisant toute publication pendant cinq ans et la première version des « Carnets » de Lachenal, publiée en 1956 juste après sa mort, avait largement été censurée par Herzog et son frère Gérard. Et que dire de Gaston Rebuffat ? Lui aussi l’a mauvaise. Lui aussi fustige l’attitude guerrière et nationaliste d’Herzog. Il s’en foutait pas mal, lui, des drapeaux et des flonflons… Bref, tout le monde en a marre de rester en retrait de ce chef égocentrique et paternaliste qui, il faut bien le dire, a un peu dupé son petit monde…

Alors oui, il faut lire « Annapurna, premier 8000 » parce que c’est un grand livre de montagne comme on les aime, mais quand on l’a fini, il faut absolument l’enchainer avec « Annapurna, une affaire de cordée » pour être sûr de ne pas manquer un bout de l’histoire.

Maurice Herzog Annapurna, premier 8000

3 Commentaires

  • Sanlaville Gérard - 29 janvier 2020 à 19 h 13 min

     » De l’autre côté du miroir  » Ed Douglas

    Grimpeurs, Népal et populations, Echec Annapurna III
    et
    Controverses Maestri,Steck, Cesen, Oh Eu-Sun,Herzog :

     » L’histoire de Toni Egger est connue, sauf sa fin. En 1959 Maestri annonce avoir gravi le Cerro Torre, mais Egger se serait tué dans la descente. Après plusieurs enquêtes, d’abord des recherches de Rolando Garibotti puis le livre-somme de Kelly Cordes* (paru aux mêmes éditions du Mont-Blanc), il s’avère que Maestri a menti, puisque même sa photo de Egger n’a pas été prise sur le Torre, comme le prouve Garibotti en 2015. »( Cerro Torre )

    Ueli Steck n’a pas menti ( cf : Nigma Dawa et Tenji
    membres de l’expédition, aide-cuisinier et sherpa.)

    Herzog : Voir la conclusion de Catherine Destivelle.

    * « Alors oui, il faut lire « Annapurna, premier 8000 » parce que c’est un grand livre de montagne comme on les aime, mais quand on l’a fini, il faut absolument l’enchainer avec « Annapurna, une affaire de cordée » pour être sûr de ne pas manquer un bout de l’histoire. » et je dirai pour ma part lire aussi
     » Carnets de Vertige / original Lachenal Guérin 1996 « 

  • Sanlaville Gérard - 29 janvier 2020 à 21 h 12 min

    ERRATUM : J’ai prêté à Catherine Destivelle les propos de David Roberts.
    Par ailleurs mon dernier commentaire concerne le livre de Ed Douglas  » De l’autre côté du miroir  »
    Comment puis-je intégré celui-ci aux derniers livres de montagne lus S.V.P
    Bien à vous. Gérard Sanlaville

  • Pampita - 2 janvier 2021 à 15 h 18 min

    Qu’il est amusant de voir le petit landerneau alpin passer à l’extrême inverse depuis une trentaine d’années et faire des gorges chaudes de pseudo « révélations » complètement anecdotiques.

    – Le livre tabloïd de Roberts n’apporte strictement rien de neuf à part quelques rumeurs gratuites lancées pour faire le buzz.

    – Les membres de l’expédition de 1950 ont signé un contrat d’exclusivité ? Bah oui, c’était la norme de l’époque, tous pays confondus. Vous avez déjà vu un livre sur l’Everest écrit par Hillary, vous ? Eh non, c’est son chef d’expé qui l’a écrit.

    – Herzog avait un petit drapeau ? Mon Dieu, quel drame… Mais c’était la norme de l’époque, là aussi. C’est l’Etat qui finançait ces expéditions lointaines et Lachenal ou Rébuffat étaient bien contents d’en faire partie (« Sur les genoux qu’on irait »). Mais comme des petits gamins capricieux, ils voulaient le beurre et l’argent du beurre.

    – Herzog a été nommé chef d’expédition alors qu’il n’était pas le meilleur alpiniste ? Bah oui, il avait fait la guerre dans la Résistance et savait gérer un groupe ; Lachenal, lui, était un planqué pendant la Seconde Guerre mondiale et n’avait jamais mené que lui-même…

    – Sur le long terme, Lachenal n’a pas eu la même couverture médiatique qu’Herzog ? Il est mort juste après, en 1955 ! Mais entretemps, il a quand même donné 500 conférences aux quatre coins de la France et des dizaines d’interviews.

    Bref, on le voit, ces polémiques bidon ne vont pas très loin et tiennent difficilement debout. Une tempête dans un verre d’eau…

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