Le mystère Mallory et Irvine : chasse au trésor sur l’Everest

30 janvier 2017 - 1 commentaire

C’est certainement le plus grand mystère de l’histoire de l’alpinisme. Le 8 juin 1924 vers 13 heures, George Mallory et Sandy Irvine sont aperçus pour la dernière fois progressant sur l’arrête nord-est de l’Everest en direction du sommet. Ce qu’il s’est passé ensuite, personne ne le sait. Sauf, peut-être, un appareil photo de type Kodak Vest Pocket qui attend désespérément qu’on le retrouve.

8 juin 1924, journée fatidique

Au printemps 1924 les anglais sont de retour sur les pentes de l’Everest. Après les échecs de 1921 et 1922, ils ont cette fois-ci une grande confiance en la réussite de l’expédition. George Mallory, 38 ans et déjà là lors des deux premières tentatives, est habité par le sommet et il ne conçoit pas l’échec. Le versant népalais étant interdit aux étrangers, c’est par le nord que les hommes du général Bruce prévoient d’effectuer leur ascension. Au début du mois de juin, tous les camps d’altitude sont installés et les alpinistes de pointe sont prêts pour l’assaut final.

Après une première tentative manquée par Mallory et Geoffrey Bruce, Edward Norton parvient le 4 juin à l’altitude record de 8 573 mètres avant de faire demi-tour (le record tiendra jusqu’à l’expédition suisse de 1952). Mallory pense alors qu’une dernière tentative est possible et choisit d’emmener avec lui le jeune Sandy Irvine, finalement préféré à Noel Odell pour sa capacité à rafistoler le matériel à oxygène au fonctionnement souvent capricieux. Le 8 juin au petit matin, les deux hommes s’élancent vers le sommet. Peu avant 13 heures, Odell aperçoit deux points qui progressent lentement sur l’arrête nord-est avant de disparaitre dans les nuages. Il s’inquiète du retard pris par les deux hommes puis retourne dans sa tente avant que la tempête de neige ne s’abatte sur la montagne. Il est le dernier à les avoir vus vivants…

Mallory et Irvine ont-ils atteint le sommet de l’Everest ?

Depuis ce jour fatidique du 8 juin 1924, une question hante tous les passionnés d’alpinisme : Mallory et Irvine ont-ils atteint le sommet de l’Everest 29 ans avant Hillary et Tenzing ? Plus de 90 ans après les faits, il faut bien reconnaitre qu’il est impossible de répondre à la question. Pourtant, en près d’un siècle, plusieurs indices fascinants sont venus s’entasser dans le sac à dos de ceux qui cherchent à comprendre le déroulement de cette fameuse journée. Le premier à chercher fut bien sûr Noel Odell qui, resté en soutien des deux hommes, remonta dès le lendemain au dernier camp où il découvrit que Mallory, éternel étourdi, avait oublié sa lampe torche. Premier indice, la descente s’est probablement effectuée dans l’obscurité totale. Mais la première découverte probante remonte à l’année 1933 au cours de laquelle une expédition britannique (encore une) découvrit, environ 250 mètres sous le premier ressaut (1), un piolet au manche en bois dont l’examen approfondi prouva qu’il appartenait à Sandy Irvine. L’absence de corps à proximité laisse penser qu’Irvine a probablement lâché son piolet en chutant.

En 1960, une expédition chinoise déclara avoir réussi la première ascension de la face nord. Ils affirmèrent avoir franchi le second ressaut en se faisant la courte échelle, mais l’excuse bien connue du brouillard pour justifier l’absence de cliché du sommet ne tarda pas à éveiller des soupçons autour de cette réussite qu’aucune preuve valable ne put justifier. C’est en 1975 que la face nord fut gravie de façon certaine par une nouvelle et énorme expédition chinoise qui réussit à installer une échelle pour franchir le deuxième ressaut. Quatre ans après, lors d’une nouvelle expédition sur l’Everest, un grimpeur chinois du nom de Wang Hongbao prétendit avoir aperçu en 1975, le corps d’un « vieil anglais mort » aux alentours des 8000 mètres, non loin du camp VI. Selon ses dires, le corps aux vêtements très anciens et très abîmés, était allongé sur le côté et portait une vilaine blessure à la joue. Malheureusement, Wang mourut emporté par une avalanche avant d’avoir pu être interrogé plus en détail…

La découverte de Conrad Anker

C’est en 1986 qu’une première expédition organisée par Tom Holzel, historien obnubilé par le mystère de l’Everest, fut organisée dans le but de retrouver les corps de Mallory et Irvine. Mais la quantité de neige tombée empêcha toute recherche significative. En 1999, le flambeau fut repris par Joachim Hemmleb, un jeune allemand lui aussi passionné, qui réussit à organiser une nouvelle expédition pour tenter de résoudre l’énigme. Le 1er mai, coup de théâtre, l’alpiniste américain Conrad Anker qui participe aux recherches, découvre un corps momifié dont les vêtements déchirés ne peuvent appartenir à un alpiniste moderne. Bingo ! Le piolet de 1933 ayant été découvert à proximité de cette zone, tout portait à croire qu’il s’agissait du corps de Sandy Irvine. Mais en observant les restes de vêtements, les alpinistes découvrirent dans le col une étiquette au nom de George Mallory. C’était la découverte du siècle !

Le corps était tourné face vers le sol, une jambe était brisée et le front portait les stigmates d’une vilaine blessure ayant probablement entrainée la mort. Mais le corps n’était pas disloqué comme celui d’un alpiniste ayant chuté de plusieurs centaines de mètres. En outre, la description ne correspondait pas avec celle du corps trouvé par Wang en 1975 (blessure à la joue et allongé sur le côté). Dans les poches de Mallory, un mouchoir en soie, quelques lettres, une paire de lunettes, un altimètre à l’aiguille cassée, mais pas d’appareil photo… Pas non plus de photo de sa femme Ruth. Mallory était censé la déposer au sommet…

L’énigme du second ressaut

Pour les spécialistes, cette découverte, aussi sensationnelle soit-elle, ne permettait pas de savoir si, oui ou non, le sommet avait été atteint. Tout juste la paire de lunettes découverte dans la poche permettait-elle de certifier que Mallory était tombé dans l’obscurité. La vraie question était de savoir si Mallory et Irvine avaient pu, en 1924, escalader le difficile second ressaut situé à une altitude où les capacités physiques sont sérieusement altérées. Aujourd’hui, tous les alpinistes franchissent ce ressaut grâce à l’échelle installée par les chinois en 1975. Mais en 1924, pour des alpinistes éreintés et mal équipés, il s’agissait là d’un sacré morceau. Nombreux sont ceux qui considèrent qu’en dépit des qualités de grimpeur exceptionnelles de Mallory, il est impensable qu’il ait pu franchir cet obstacle et donc atteindre le sommet.

En 1999, Conrad Anker voulut en avoir le cœur net et décida de tenter d’escalader le second ressaut en libre, sans utiliser l’échelle. Il y parvint presque mais dut, à un moment, poser son pied sur l’un des barreaux de l’échelle. Il jugea ensuite qu’il était très peu probable que Mallory ait pu l’escalader en 1924 et que si, par miracle il avait réussi, il aurait été impossible aux deux hommes de le redescendre au retour (2). On l’a compris, la tendance serait plutôt à considérer que Mallory et Irvine n’ont pas atteint le sommet. Il reste pourtant quelques irréductibles qui persistent à y croire. Tom Holzel en fait partie et dans cette interview publiée en 2013 par Alan Arnette sur son blog, il prétend avoir identifié avec quasi certitude l’endroit où se situe le corps de Sandy Irvine et donc, peut-être, le fameux appareil photo dont les scientifiques s’accordent à dire que la pellicule sera exploitable malgré le gel et le temps passé.

Et à ceux, qui après tout ce temps, doutent de la pertinence d’un tel remue ménage et se demandent pourquoi continuer à chercher désespérément l’appareil photo de George Mallory, les passionnés feront certainement cette réponse de circonstance : « Parce qu’il est là ! » Mais oui ! Il est là, quelque part, ce fichu Kodak, c’est évident !

(1) Pour accéder au sommet de l’Everest via le versant nord, il faut franchir, dans la partie finale, trois ressauts aujourd’hui appelés premier ressaut, deuxième ressaut et troisième ressaut. Le deuxième étant de loin le plus difficile.
(2) Conrad Anker a raconté cette expédition dans un livre écrit avec David Roberts : Mallory & Irvine, à la recherche des fantômes de l’Everest

Odell observant Mallory et Irvine (extrait du Sommet des Dieux)
Dessin de Jirô Taniguchi extrait du manga Le Sommet des Dieux, dont l’histoire de George Mallory et Sandy Irvine est le point de départ de l’intrigue.

Chullanka, vos sports grandeur nature

1 Commentaire

  • Willy - 30 janvier 2017 à 17 h 07 min

    Faudrait pas avoir oublié de mettre la pellicule Mr tête en l air…

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