Annapurna, une affaire de cordée // David Roberts

Herzog, Lachenal, Terray, Rébuffat: la vérité sur l'expédition de 1950

A 10 ans je voulais être Fignon, à 20 ans je voulais être Zidane, à 30 ans je voulais être Federer. Aujourd’hui je veux être David Roberts. Moi aussi je veux devenir pote avec le gratin des historiens de l’alpinisme et enquêter sur les mystères de la conquête de l’Annapurna pour ensuite écrire un livre qui envoie du bois.

Et ça commence par une concession : pour David Roberts, « Annapurna, premier 8000 », le best-seller d’Herzog, fut pendant longtemps the livre de montagne. Celui qui, à force de le relire, a changé sa vie en lui donnant la passion de l’alpinisme. Avec ses potes d’escalade, ils s’identifiaient aux légendes de l’Annapurna. Sur les parois de son Colorado natal, il était Lachenal et son compagnon de cordée était Terray. Un passionné comme on en fait peu. Et puis un jour, il rencontra Michel Guérin, l’éditeur des fameux livres rouges, qui lui fit une confession qui, à défaut d’éteindre sa passion, allait lui faire prendre une direction nouvelle : « sais-tu, David, que l’expédition de 1950 racontée par Herzog, n’est qu’une légende dorée ? ».

Herzog, du héros au salaud

Alors Roberts est devenu fou. Il a voulu savoir. Il a enquêté, fouiné… il est allé interroger tout le monde : Yves Ballu (biographe de Rébuffat), Marianne Terray (veuve de Lionel), Jean-Claude Lachenal (fils de Louis), Françoise Rébuffat (veuve de Gaston) et même Herzog en personne ! Et au fil des pages, on découvre ce dont on se doutait un peu… Herzog a manipulé tout son petit monde pour qu’au final, des héros il n’en reste qu’un. Devinez lequel ?

On apprend ainsi, qu’avant de prendre l’avion, toute l’équipe fut sommée de signer un contrat interdisant de publier quoi que ce soit pendant les cinq années suivant le retour de l’expédition. On apprend aussi comment les « Carnets du vertige » de Lachenal furent sévèrement censurés par Herzog et son frère avant leur première publication en 1956. Mais on apprend surtout que de l’élan fraternel et du magnifique esprit d’équipe proclamés par Herzog à son retour, il ne reste finalement que des rancœurs et des amitiés fracassées…

Entre détours sur ses propres sorties d’alpinisme et dissertation sur les vies de Rébuffat, Lachenal et Terray avant et après 1950, David Roberts nous guide petit à petit sur les pentes glissantes d’une des plus grandes supercheries de l’histoire de l’alpinisme et offre ainsi une réplique cinglante à la vilaine fable qu’a voulu nous vendre notre Momo national. Et ça on adore !

3 Commentaires

  • alain cokkinos - 4 juillet 2016 à 19 h 50 min

    Il y a les histoires, et celles que l’ on racontent.
    « Par beau temps,ma petite soeur ( mon petit frère) navigue.
    En haute altitude, la météo reste l’ élément principal, et cet élément est imprévisible.
    Plus on met de moyens pour atteindre le sommet.les « summit days » ne sont pas aussi courant que cela.
    plus on met de pression pour y « arriver » ,plus la tentation de confondre le sommet avec une bosse est grande, quand on est presque au bout.
    J’ aimerai parler de Reimar Joswig, apte à ignorer les cordes fixes, à bruler ses déchets, à demi-mort pour respecter son éthique de la montagne.
    Il n’a jamais déformé la vérité, il a « ouvert » la voie à Christine Janin sur le Broad Peak, il est le seul de l’ expédition francaise de 1984, dont j’ étais le deputy leader à avoir attiend le sommet du Broad Peak, en s’ associant avec Bobby Shawer, n’est ce pas… MRS et MR Rolland…guides de montagnes…critiques de leurs prédécesseurs: la parole est bien ce qu’ il y a de plus précieux…( Yannick Seigneur & co )
     » Tu as été bien content de suivre nos traces…oui dommage qu’ elles n’ allaient pas jusqu’au bout ».

    En 1991, sur le Nanga Parpat…3 expès simultanés sur place en Juillet-Aout; ( Slovène, Japonaise, et nous ( Norlich )
    Il a passé 17 jours avec son ami Peter Metzger, au dessus de la « zone de la mort »,fait le sommet et ils avaient perdu 20 kgf de graisse et et de muscles à leur retour.
    Ils sont mort à la descente du K2 en 1993, en dépit de la présence de ce formidable grimpeur qu’était Anatoli Boukreev.
    Ils font partis de ces hommes et femmes d’honneur, qui ont toujours essayés de suivre une éthique qui, à mon sens, ont défini toutes les formes d’aventures.
    En 1984, en tant que « deputy » chef d’expédition, j’ ai respecté la loi du « non dit », = tant que l’on ne me pose pas de questions, je n’ ai rien à dire…
    En 1986, en tant que « leader », j’ ai suivi une loi identique.
    ( Sans les japonais, et leurs cordes fixes, et Reinmar Joswig, personne chez nous, n’aurait fait le sommet,en « style alpin ».)
    Le jumar c’est un peu plus facile que l’ escalade.

    Il y a désormais prescription, et tout ceci pour rappeler que parmi les anonymes, ils y avaient de grands grimpeurs.
    ( En 1984, nous avions croisés Reinhold Messner, après son doublé, il ne m’ avait dit qu’ une phrase en anglais: « it would be very hard to repeat it », et il se référait aux conditions, pas à la condition…et venant de LUI !!!)
    Reimar l’a tenté en 1986, (après le Hidden Peak, le Gasherbrum II ?, les conditions en on decidé autrement.
    alain.cokkinos@orange.fr

  • Eli - 30 mai 2018 à 20 h 37 min

    Super article….
    Et super commentaire du regretté Alain

  • thomas - 30 mai 2018 à 21 h 11 min

    Eli, tu me coupes une jambe en m’apprenant la disparition d’Alain… Je m’étonnais encore dernièrement de ne plus le voir passer par ici… Je ne le connaissais que par ses commentaires enflammés mais ça m’avait suffi pour me faire une bonne idée du passionné qu’il était. Je suis triste…
    Salut Alain !

Flux RSS pour les commentaires de cet article.

Laisser un commentaire