Le bivouac improvisé de Bonatti sur le K2

La trahison du siècle

C’est l’histoire de la trahison la plus haute du monde. Ça se passe en 1954 sur les pentes du mythique K2. Cette année là, les Italiens vont s’offrir le scalp du deuxième plus haut sommet du monde grâce à Lino Lacedelli et Achille Compagnoni finalement choisis par le chef d’expédition pour l’assaut final vers le sommet. Mais avant de planter leur drapeau, ces deux petits chacals vont offrir à l’histoire de l’alpinisme un immonde moment de perfidie.

Le 30 juillet 1954, après des semaines passées sur la montagne à installer des camps et des cordes fixes, les italiens touchent presque au but. Il ne leur reste plus qu’à installer un dernier camp, qui sera le numéro 9, à environ 8 100 mètres d’altitude pour, de là, lancer l’assaut final. La stratégie est en place, c’est Lacedelli et Compagnoni qui iront installer ce camp qui sera ensuite ravitaillé en oxygène par Gallotti et le jeune Walter Bonatti. Tout ce joli petit monde quitte le camp 8 à l’aube, les uns montant vers le sommet et les autres redescendant chercher l’oxygène au camp inférieur pour le remonter ensuite. A part la défaillance de Gallotti, qui sera finalement remplacé par le sherpa Mahdi en bien meilleure condition physique, le plan se déroule sans accroc et lorsque, à la tombée de la nuit, Bonatti et Mahdi arrivent à proximité de l’endroit où le camp IX est censé être installé, on se dit qu’il s’agit là d’un bien joli travail d’équipe ! Sauf qu’il y a un petit souci…

« Lino ! Achille ! Vous ne pouvez pas ne pas nous entendre ! Je vous maudis ! Salauds ! »

Le petit souci, c’est qu’à l’endroit prévu, Bonatti et Mahdi ne trouve aucune trace de leurs deux compagnons… Pour une raison inconnue, ils ont installé le camp plus haut que ce qu’il était convenu, qui plus est dans un recoin introuvable à la lueur d’une lampe frontale. Bonatti cherche un peu en appelant ses compagnons qui lui répondent d’abord: « suivez notre trace ». Ils continuent alors de monter en pensant que la tente se situe un peu plus haut derrière un gros rocher. Mais non, elle n’est pas là non plus… du coup, Mahdi commence à perdre son sang froid tandis que Bonatti continue d’appeler: « Lino ! Achille ! Où êtes-vous ? ». Une réponse incroyable finit par leur parvenir: « Vous avez l’oxygène ? Laissez-le là et redescendez tout de suite ». Sauf qu’avec la fatigue, le froid et la nuit, redescendre au camp VIII équivaudrait à un suicide. La suite, c’est silence radio… les innombrables appels de Bonatti resteront sans réponse: « Lino ! Achille ! Vous ne pouvez pas ne pas nous entendre ! Je vous maudis ! Salauds ! ».

Et c’est ainsi que Walter Bonatti décida d’improviser un petit mais légendaire bivouac, sans tente, ni duvet, à 8 100 mètres altitude. Tout en retenant le pauvre Mahdi qui a définitivement perdu la raison et qui veut se jeter dans le vide, il creuse avec son piolet une petite esplanade pour passer la nuit dans les meilleures conditions possible. Et lorsque la tempête commence à faire rage, il doit creuser un trou dans la glace pour pouvoir protéger leurs visages des rafales de vent et de neige. Bonne nuit Messieurs !

Un réveil difficile

Au petit matin, ils sont vilains mais vivants. Dès les premiers rayons de soleil, Mahdi se lève et s’engage dans la descente tel un zombi. Bonatti, gelé mais toujours lucide, attend un peu de se réchauffer avant de redescendre à son tour en laissant les bouteilles d’oxygène à disposition de ses gentils camarades. Et pendant que Compagnoni et Lacedelli filent vers la gloire (grâce à l’oxygène), nos deux infortunés réussissent finalement à rejoindre le camp VIII où ils sont rapidement pris en charge. Mahdi est victime de graves gelures mais Bonatti est, lui, miraculeusement indemne. Il parviendra même, quelques heures plus tard, à se réjouir de la conquête du sommet.

Lacedelli et Compagnoni nieront toujours l’évidence mais après 50 ans de procès et palabres en tout genre, la vérité sera enfin rétablie quand le Club Alpin Italien finira par donner raison à Bonatti. Justice !

1 Commentaire

  • Willy - 1 avril 2016 à 7 h 59 min

    Un immonde moment de perfidie … tu m etonnes ! ! ! Ce brave Walter .

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