Jean-Christophe Lafaille

Quatorze 8000 sinon rien

Jean-Christophe Lafaille n’était pas bien grand (1,60m) et pourtant le trou qu’il a laissé dans la communauté des alpinistes est béant. Sa disparition en janvier 2006 au Makalu est encore dans toute les mémoires et ils sont nombreux à regretter le départ prématuré de celui qui avait certainement encore beaucoup à faire en Himalaya et ailleurs.

Le calvaire de l’Annapurna pour commencer

S’il a commencé l’escalade dès son plus jeune âge dans les années 70, c’est en 1992 qu’a véritablement basculé la carrière de Jean-Christophe Lafaille, lorsque Pierre Beghin l’emmena avec lui découvrir l’Himalaya et la redoutable face sud de l’Annapurna qui lui réserva un accueil glacial puisqu’il assista impuissant à la chute qui couta la vie à ce dernier avant de subir une descente dantesque de plusieurs jours, seul, avec un bras fracassé par une chute de pierre. Il mettra dix ans avant de pouvoir en parler au travers d’un livre poignant: « Prisonnier de l’Annapurna ». Même s’ils n’atteignirent pas le sommet, la voie qu’ils empruntèrent cette année-là porte aujourd’hui un nom qui fait scintiller des étoiles dans les yeux des alpinistes ambitieux : la Beghin-Lafaille.

Mais comme souvent avec les alpinistes habités par les sommets, ce drame personnel, même s’il le marqua au fer rouge, ne lui enlèvera ni sa motivation, ni son envie. Il reviendra ainsi l’année suivante dans la chaine Himalayenne pour réussir l’ascension de son premier 8000 mètres: le Cho Oyu. En 1994, c’est au Shishapangma qu’il ouvrira une nouvelle voie, chose qui deviendra une habitude pour cet esthète des hautes cimes qui grimpait toujours sans oxygène et souvent en solo, comme au Manaslu en 2000, au Daulaghiri en 2003 et surtout en 1996, année de son fameux enchainement Gasherbrum II et Gasherbrum I en moins de quatre jours. En 2004, il réalise ce qu’il considère comme la première en hiver du Shishapangma mais l’alpiniste italien Simone Moro, spécialiste des hivernales sur les 8000 et auteur lui-même de la seconde ascension à l’hiver 2005, remettra en cause ce titre, arguant que le 11 décembre – date de l’ascension de Lafaille – n’est pas en hiver mais encore en automne (source: altissima.org).

Quatorze 8000: la malédiction française

Sa quête des quatorze 8000 s’arrêtera tragiquement le 26 janvier 2006 alors qu’il tentait, en hiver, l’ascension de celui qui aurait été son douzième 8000: le Makalu. Ce nouveau drame en montagne vint tristement consolider la malédiction française dans la dangereuse course au quatorze 8000. Avant Jean-Christophe Lafaille, Benoît Chamoux, Chantal Mauduit et Eric Escoffier avaient, en effet, eux aussi, trouvé la mort en tentant l’audacieux pari.

Après sa disparition, sa femme Katia, qui était aussi son manager, dérangea quelques âmes sensibles en publiant un livre (Sans lui) et en arpentant les plateaux de télévision pour commenter la disparition de son mari pendant que d’autres aurait préféré un peu plus de pudeur… En 1996, Jean-Christophe Lafaille a nommé un sommet vierge en l’honneur de sa fille Marie : le Mari Ri (6 250 mètres). Un peu plus tard, en 2003, il a donné le nom de son fils à une voie qu’il a ouverte au Nanga Parbat : la voie Tom. Ce dernier, âgé de quatre ans en 2006, semble aujourd’hui grimper sur les traces de son père puisque son nom commence à apparaitre dans les palmarès des championnats régionaux d’escalade. A suivre donc…

5 Commentaires

  • Olivier - 17 août 2016 à 6 h 46 min

    On oublie souvent qu’il avait également dédié un sommet hymalayen à sa fille Marie, le Mari Ri (6250).

  • Marie - 16 octobre 2017 à 19 h 50 min

    Merci, oui on l’oublie souvent. Un cadeau d’anniversaire en 1996.

  • thomas - 18 octobre 2017 à 9 h 15 min

    Le Mari Ri n’est plus un sommet oublié puisque je viens de l’ajouter à l’article !

  • Pierre Marie Girardot - 17 octobre 2017 à 12 h 35 min

    Petites corrections à apporter au texte :
    lorsque Pierre Beghin l’emmena avec lui découvrir l’Himalaya et la redoutable face sud de l’Annapurna qui lui réserva un accueil glaciale (sans e = glacial) puisqu’il assista impuissant à (la) chute qui

  • Pedro26 - 18 mars 2018 à 17 h 53 min

    Il semble que la course aux Quatorze 8000 n’intéresse plus tellement les français, en tout cas pas par les voies normales…
    Et cela depuis longtemps…

    A contrario de bien d’autres candidats d’autres nations pour qui inscrire les sommets, quelque soit la voie, compte surtout…

Flux RSS pour les commentaires de cet article.

Laisser un commentaire