On ne marche qu’une fois sur la lune

Ueli Steck, Yannick Graziani et Stéphane Benoist dans la face sud de l'Annapurna

A l’automne 2013, la redoutable face sud de l’Annapurna a été gravie deux fois: d’abord en solo par le phénoménal alpiniste suisse Ueli Steck, puis, deux semaines plus tard, par la cordée française Yannick Graziani et Stéphane Benoist. Le réalisateur Christophe Raylat revient sur ces deux ascensions dans un documentaire singulier au cours duquel les trois alpinistes se confient sans retenue. Bouleversifiant!

La face sud de l’Annapurna, c’est pas un truc pour les enfants. Quand tu te lances dans une aventure comme celle-là, t’as pas intérêt à avoir oublié ton piolet dans l’abri jardin… ils ne sont pas nombreux à l’avoir tentée et pourtant beaucoup y sont restés (Pierre Béghin, Alex MacIntyre, Iñaki Ochoa…). Et si l’ascension de référence est sans conteste celle des Catalans Nils Bohigas et Enric Lucas en 1984, c’est Jean-Christophe Lafaille et Pierre Béghin qui, par leur expédition tragique de 1992, ont donné leurs noms à la voie empruntée par nos trois protagonistes: la Béghin-Lafaille.

Ueli Steck: « C’est le stress total. T’es dans la merde ! »

Mais l’idée du documentaire, c’est surtout d’essayer de décrire et de comprendre les émotions insensées qu’ont vécues les trois hommes sur cette face si exposée. Ueli Steck et son fameux accent suisse trouve, comme à son habitude, des mots simples et toujours modestes, qui pénètrent instantanément le subconscient. J’ai été frappé par sa façon de raconter ce qui se passe dans sa tête une fois au sommet: « Oh merde je suis à 8000 mètres et en dessous c’est une face de 2500 mètres et tu veux rentrer à la maison ! C’est le stress total. T’es dans la merde quoi ! ». Il raconte aussi sa descente d’hormones une fois de retour à la maison. Là encore, ses mots sont forts: « tu es seul à avoir vécu ça. Tu n’arrives pas à le partager ».

Graziani: « Longtemps après tu te reprends la claque »

Le documentaire s’intéresse ensuite à l’aventure de la cordée Graziani-Benoist qu’on retrouve assise devant la cheminée de l’hôtel du Montenvers à refaire le match. Là aussi, le dialogue est poignant. Les bouts de doigts manquants sur la main droite de Stéphane Benoist témoignent de la violence de ce qu’ils ont vécu là-haut. Le passage à environ 34 minutes est troublant. Alors qu’ils sont en train d’expliquer le moment de doute qui les a assaillis dans la descente quand Stéphane Benoist a commencé à sérieusement tirer la langue vers 6 700 mètres: « Moi j’étais pas sûr de rester. Si toi tu bougeais pas, moi je me cassais » balance Graziani à son pote qu’on sent tout de même un peu surpris. Comme Ueli Steck, Yannick Graziani insiste ensuite sur le difficile retour au bercail: « S’engager dans des trucs comme ça, risquer sa vie… longtemps après tu te reprends la claque. »

Vous l’aurez compris, on est très loin du documentaire classique sur l’alpinisme. Christophe Raylat laisse de côté les images grandioses – même si on en trouve quelques unes de-ci de-là – pour se concentrer sur les mots, les émotions et les personnalités de ceux qui vu la mort de près sur la montagne chère à Maurice Herzog.

Le documentaire en entier est disponible sur Vimeo et je vous propose également, en complément, la lecture de cet article de Montagne Magazine sur l’ascension de Graziani et Benoist.

On ne marche qu'une fois sur la lune

Chullanka, vos sports grandeur nature

1 Commentaire

  • eli - 14 mai 2018 à 23 h 11 min

    le regarder en sachant ce qui esta rrivé a Ueli donne une dimension encore plus « pénétrantes » à ses mots… je sais pas comment l’expliquer mais oui ce film est une bonne claque!

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