Rififi en altitude

Ou l'histoire d'une baston entre sherpas et alpinistes

L’alpinisme est une activité très dangereuse mais il se peut parfois que le danger ne vienne pas d’où on l’attend. Voici l’histoire de trois grimpeurs qui ont eu chaud aux fesses sans pourtant être victime d’avalanche, de chute, du mal des montagne, ou quoi que ce soit de ce genre. L’un d’entre eux a pourtant bien pris un caillou sur la tronche mais c’était tout sauf un hasard… Cette histoire abracadabrantesque se passe le 27 avril 2013 sur les pentes du mythique Everest.

Trois alpinistes un peu pressés

Au mois d’avril sur l’Everest, c’est un peu comme à la maison, on profite de l’arrivée des beaux jours pour faire ce qu’il est coutume d’appeler le ménage de printemps. On remplace les cordes abîmées, on en pose de nouvelles, on nettoie un peu la piste… bref, on fait en sorte que tout soit prêt pour l’arrivée des premiers vacanciers. Sauf que cette année là, les touristes sont un peu en avance… Et quand les sherpas en train de s’activer au dessus du camp 2 virent soudain apparaitre trois grimpeurs montant à vive allure, leur sang ne fit qu’un tour ! Les consignes données par les chefs d’expéditions étaient pourtant claires: on ne veut voir personne là-haut tant que le travail n’est pas terminé !

Ces trois grimpeurs pressés ne sont pourtant pas n’importe qui. Nous avons là Simone Moro, alpiniste hors-pair et éminent pilote d’hélicoptère spécialiste du secours en montagne, ayant déjà effectué des opérations à haut risque sur des 8000. Un as ! Nous avons également Ueli Steck, l’alpiniste le plus rapide du monde qui grimpe le cent mètres en moins de dix secondes. Troisième larron, le photographe Jonathan Griffith est chargé d’immortaliser leur ascension de la face sud-ouest, en style alpin s’il vous plait. Sauf que ces trois là, sont complétement en marge des expéditions commerciales et n’ont donc eu que faire des consignes données lors du briefing dont ils n’ont même pas eu vent.

Une femme pour calmer les esprits

Quand le trio arrive à proximité des sherpas, tendus comme des cordes fixes, la tension est à son comble et les premières insultes fusent rapidement. Nos trois alpinistes ne se laissent pas faire et répondent eux aussi par l’intermédiaire de quelques noms d’oiseaux (Moro aurait traité un sherpa « d’enculé », je veux que ça soit vrai). Bref, du haut niveau… Mais l’affaire n’en reste pas là. Lorsque tout le monde se retrouve au camp 2 un peu plus tard (les trois grimpeurs étaient en phase d’acclimatation), on continue de s’expliquer mais cette fois ça dégénère et ça tourne au pugilat. Moro, Steck et Griffith sont violemment pris à partie par une meute de sherpas en transe qui commencent à leur lancer des cailloux. L’hallucinante vidéo prise par un grimpeur présent sur les lieux (mais un peu planqué quand même) atteste de la violence de l’affrontement.

Et c’est finalement d’une jeune femme que viendra le salut des trois alpinistes. La courageuse guide américaine, Melissa Arnot, finit, en effet, par s’interposer en sachant que des sherpas ne frapperont pas une femme. Ueli Steck, qui a quand même pris un caillou sur la tronche au passage, reconnaitra plus tard lui devoir la vie. Rien que ça… Nos trois amis finissent ainsi par réussir à s’échapper et à retourner dare-dare au camp de base pour, de là, rentrer chez eux, vite !

Chacune des deux parties finira par reconnaitre ses torts à demi-mot mais tout cela est visiblement toujours coincé en travers de pas mal de gorges. Et voici maintenant, comme d’habitude, le moment tant attendu du débat ! Qui a commencé ? Les alpinistes ou les sherpas ? Qui sont les méchants ? Qui sont les victimes ? On n’a pas fini d’en parler…

Quelques liens en rapport avec cette belle affaire:

2 Commentaires

  • Sana - 9 juillet 2019 à 10 h 55 min

    A se rouler par terre la façon dont vous racontez cette drôle d’histoire, merci !

  • Le Ché - 12 juillet 2019 à 12 h 57 min

    Les versions s’affrontent mais celle-ci me fait bien rire et j’imagine bien la vieille Elizabeth Hawley
    « A Katmandou, Simone Moro, Ueli Steck et Jonathan Griffith ont été reçus par Elizabeth Hawley, 89 ans, la journaliste arbitre des ascensions au Népal depuis cinquante ans. Selon Rodolphe Popier, un jeune historien français qui travaille avec elle, miss Hawley n’avait jamais vu une telle violence. Elle a écouté les explications de Simone Moro : la colère du leader des sherpas aurait décuplé quand les trois alpinistes, plus rapides, lui ont proposé de terminer son travail sur les cordes fixes. « Les Asiatiques n’aiment pas perdre la face », a conclu la vieille dame, arrivée au temps des colonies. »

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