Attention à la marche (d’approche) !

13 juin 2016 - Pas de commentaire

Lorsqu’ils quittent leur chalet douillet pour partir à l’aventure, les alpinistes savent qu’il va leur en arriver de belles. C’est d’ailleurs sûrement ça qui les attire vers la haute montagne. Mais le danger n’est pas toujours là où ils l’attendent. Le spectacle commence parfois avant même d’avoir atteint le camp de base. Voici, piochés dans l’histoire de l’alpinisme, quelques exemples de petits et grands tracas survenus lors de marches d’approche inoubliables.

Elisabeth Revol et la chaussure oubliée

En juillet 2008, la française Elisabeth Revol débarque au Pakistan avec dans l’idée de se faire une première expérience sur un 8000. Mais durant la marche d’approche vers le camp de base du Gasherbrum I, elle se rend compte qu’une de ses chaussures d’expé est restée à la maison… de quoi pleurer de rage… heureusement pour la drômoise, le salut viendra finalement de l’alpiniste russe Valery Babanov qui acceptera de lui céder une de ses chaussures. Problème, il chausse du 43 et Elisabeth du 36… en même temps, son unique chaussure, taille 38, était déjà trop grande… La démarche sera un peu chaotique mais ça fera l’affaire ! « Du coup je n’ai pas eu de problème de gelure, j’étais au large dans mes pompes ! » m’a-t-elle confié.* Quelques semaines plus tard, elle atteindra le sommet du Gasherbrum I avant d’enchainer avec le Gasherbrum II puis le Broad Peak. Trilogie ! Une pointure cette Elisabeth !

*oui, je l’ai contactée car j’avais un doute sur sa pointure. Ne riez pas, c’est important.

Jacques Poincenot noyé au Fitz Roy

En 1952, une expédition française partit en Patagonie s’attaquer au redoutable Fitz Roy. Si Lionel Terray et Guido Magnone atteignirent finalement le sommet après une ascension mythique, le pauvre Jacques Poincenot, lui, n’eut même pas l’occasion de s’attaquer à la paroi. Il se noya bêtement en tentant de traverser un torrent en crue lors de l’exploration du massif. Ils avaient pris du retard, chaque jour perdu compromettait un peu plus l’expédition, il voulait simplement gagner un peu de temps… Malgré la tragédie, il fut décidé de continuer l’expédition qui fut finalement couronnée de succès.

En hommage à l’alpiniste disparu, une des sept aiguilles du massif du Fitz Roy porte aujourd’hui le nom d’aiguille Poincenot.

La petite poussette de Georges Bettembourg

En Himalaya, l’année 1979 fut marquée par une formidable réussite britannique au Kangchenjunga. Cette expédition qui vit Doug Scott, Joe Tasker et Peter Boardman atteindre le troisième sommet du monde augura une nouvelle ère de l’alpinisme : celle du style alpin léger. C’est pourtant la blague un peu lourde d’un quatrième larron qui faillit plomber l’affaire : lors de la marche d’approche, le français Georges Bettembourg s’autorisa, pour rire, un petit coup d’épaule sur Peter Boardman qui se déchira un ligament de la cheville en tombant… peno indiscutable et carton rouge ! Mais heureusement pour lui, malgré quatre jours sans pouvoir poser le pied, Boardman fut remis à temps pour tenir sa place et transformer lui même le penalty.

René Desmaison déboussolé au retour du Jannu

Le 27 avril 1962 les français sont au sommet du Jannu (7 710 m). L’expédition dirigée par Lionel Terray et qui comprend notamment Robert Paragot et René Desmaison est un formidable succès mais dans son autobiographie « La montagne à mains nues », ce dernier raconte le calvaire qu’il a vécu lors de la marche de retour vers la civilisation. Alors qu’il cavale en tête avec André Bertrand et Yves Pollet-Villard, Desmaison accélère un peu trop et perd ses deux compagnons avant d’être pris dans le brouillard et la pluie. Après avoir bivouaqué dans la hutte d’un berger, il passe deux jours seul et affamé dans la forêt Himalayenne, à la recherche de son chemin qu’il finira par retrouver en même temps que ses compagnons qui le croyaient déjà arrivé au village suivant. Sacré sens de l’itinéraire le René !

Wanda Rutkiewicz, le K2 en béquilles

La marche d’approche la plus improbable de l’histoire, c’est certainement à l’alpiniste polonaise Wanda Rutkiewicz qu’on la doit. En 1982, elle doit prendre part à une expédition au K2 exclusivement composée de femmes. L’idée l’enchante mais quelques mois avant le départ, elle se fracture la jambe lors d’une tentative à l’Elbrouz. Refusant d’abandonner ses camarades, elle effectuera l’intégralité de la marche d’approche du K2 (150 km) en s’appuyant sur des béquilles ! Idem au retour. Dans l’incapacité de grimper, elle chapeautera l’expédition depuis le camp de base en rongeant son frein. Malgré l’incroyable volonté de leur chef, les filles ne dépasseront pas les 7 000 mètres… de quoi prendre des coups de béquille !

Marche d'approche

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